Un verger qui se régénère, des activités sur mesure pour créer des emplois, des apprentis du bâtiment à qui l’on pourrait faire rencontrer de nouveaux acteurs et savoir-faire, des bénévoles qui défendent le castor, une épicerie qui fait vivre un quartier… À l’occasion du séminaire de l’équipe salariée de l’association Biovallée, nous avons approfondi notre connaissance d’une commune multiple, riche de personnes qui agissent. Deux jours pour regarder la Biovallée depuis sa porte d’entrée, à Livron-sur-Drôme, et mieux comprendre cette partie du territoire, dont la contribution à la dynamique de transition n’est pas toujours reconnue à sa juste valeur. Les acteurs de la confluence entre la Drôme et le Rhône sont pourtant nombreux à avoir contribué à la renommée de la Biovallée et beaucoup regrettent que davantage de leurs pairs et habitants ne se reconnaissent pas encore dans cette identité.
Prendre le temps de mieux se connaître pour mieux agir ensemble
Nous avons commencé notre itinérance par Domazane Solidaire, chez Cécile et François où nous avons posé nos valises. L’association Domazane Solidaire a racheté un verger historiquement conduit en conventionnel et s’attache aujourd’hui à le régénérer, avec l’accompagnement des Alvéoles (Cobonne) : plantation de haies brise-vent et coupe pesticide, création d’une mare pour la biodiversité, installation d’une grande haie-jardin-forêt, diversification des essences et réorganisation progressive du verger en “guildes”. Un projet qui répond aussi à la baisse de la production constatée ces dernières années, entre arrêt des traitements et canicules à répétition.
Domazane Solidaire souhaite ouvrir son verger au public, permettre aux promeneurs de profiter des fruits en bordure et partager le lieu et son expérience. L’association organise ainsi des événements culturels, notamment pendant l’été. Les jus et confitures du verger contribuent ainsi à financer les actions culturelles et de lien social.
À l’automne, un chantier aura lieu pour transmettre à des jeunes en décrochage les bons gestes au verger. Un projet poussé par notre association en partenariat avec les éducateurs de prévention de la mairie de Livron.
À la découverte des activités de Val d’Emploi
Nous avons ensuite découvert l’entreprise à but d’emploi (EBE) – Val d’Emploi, créée en 2022 dans le cadre de l’expérimentation nationale “Territoires zéro chômeur de longue durée”. Aujourd’hui Val d’emploi salarie 73 personnes en CDI. En quatre ans, 74 personnes ont retrouvé une activité professionnelle au sein de cette entreprise, dont six sur les fonctions support. Ici, pas besoin de CV : il suffit d’habiter la commune, d’être privé d’emploi depuis plus d’un an et de candidater.
Les activités sont ensuite imaginées avec les salariés, leurs envies et les opportunités du territoire, avec une règle : ne pas concurrencer les activités déjà existantes. Ressourcerie et valorisation du textile, contribution à la filière de valorisation du plastique, jardinage, traiteur, vide-maison… À travers ses activités, l’EBE agit naturellement pour l’emploi et la solidarité, mais aussi pour la transition écologique. Nous avons notamment visité leur tout nouveau pôle textile qui emploie 12 personnes pour gérer près de 500 kg de vêtements par semaine : un tri minutieux est opéré pour choisir entre mise en rayon pour de la vente, récupération des petites pièces de mercerie ou mise au rebut quand la qualité n’est pas au rendez-vous. Les excès de la fast fashion sont directement visibles ici car encore trop de personnes donnent leur vêtements pour se donner bonne conscience mais rechignent à acheter du seconde main…
L’EBE nous a également partagé une attente très concrète de notre part : gagner en visibilité et mieux faire connaître ses actions. Le futur site internet de l’association sera une belle occasion de relayer ces initiatives, ainsi que la prochaine mise à jour du classeur des solutions de transition.
Au centre de formation d’apprentis du BTP
Au CFA BTP de Livron, adhérent historique de l’association, nous avons découvert les différents univers de formation dispensés et la philosophie générale de l’établissement. Le CFA accueille chaque année près de 800 apprentis à partir de 15 ans et forme à de nombreux métiers du bâtiment et des travaux publics. Certains formateurs intègrent des enjeux de transition écologique dans leurs enseignements et organisent une semaine sur le développement durable chaque année.
Nous avons identifié plusieurs pistes de coopération avec le CFA, notamment en mettant les apprentis en relation avec nos entreprises adhérentes, pour nourrir leur réflexion, leur faire découvrir d’autres pratiques ou, pourquoi pas, ouvrir des opportunités d’alternance : Groupe Sols et la désartificialisation des sols, Liotard et la valorisation des déchets, Aquaterra Solutions et le soutènement des berges, ou encore Aplomb et l’écoconstruction.
Rencontre avec Castor et Homme
L’après-midi, nous avons rencontré l’association Castor et Homme qui assure un suivi des populations de castor en Drôme et Ardèche. Les bénévoles y sont régulièrement sollicités par la Compagnie nationale du Rhône (CNR) et les syndicats de rivière avant des travaux, car le castor est une espèce protégée. Elle réalise dans ce cas des études de présence et formule des préconisations pour que les travaux puissent se dérouler sans perturber son habitat. L’Office français de la biodiversité (OFB) fait également appel à elle pour des missions de médiation lorsqu’une cohabitation devient difficile avec des agriculteurs, par exemple en cas d’inondation de parcelles ou d’arbres coupés. Les solutions sont concrètes : drainage partiel d’un barrage, installation de dispositifs de dissuasion… Les bénévoles prêtent parfois eux-mêmes main-forte sur les chantiers, aux frais des agriculteurs, car il n’existe pas de dispositif d’indemnisation des dégâts de castor en France.
L’association mène aussi un important travail de sensibilisation auprès des scolaires et du grand public et participera notamment au festival Au cœur du Rhône, le 22 octobre à 18h30 au Pouzin.
Cette rencontre pourrait également ouvrir la voie à une collaboration avec notre association autour de notre mission de transmission des savoirs utiles à la transition. Après notre synthèse consacrée à la loutre, pourquoi pas bientôt une synthèse sur le castor ? Une belle manière de valoriser cette espèce devenue un symbole d’espoir pour nos rivières, et le travaux de suivi et d’étude de cet acteur.
À l’Épicerie Perchée, le lien social au cœur du projet
Dernière étape : l’Épicerie Perchée du Haut-Livron, portée par l’association Graine de Lien. Trois administrateurs et une salariée nous ont présenté le projet et le lieu. Épicerie, produits locaux, bio, accessibles, café associatif, concerts, point relais d’informations touristiques… Seul commerce d’alimentation du Haut-Livron, l’Épicerie Perchée est avant tout un espace de rencontre qui cherche à développer plus de mixité sociale.
Adhérente historique de l’association Biovallée, elle souhaite continuer à participer à la dynamique du territoire par la création de lien social, un réel levier de transition !
Bienvenue en Biovallée !
Au fil de ces rencontres, nous avons retrouvé une diversité d’initiatives que nous connaissions déjà, mais que nous avions envie de mieux comprendre pour mieux valoriser le bas de vallée. Car au-delà des acteurs rencontrés pendant ces deux jours, la vallée de la Drôme aval compte également de nombreuses entreprises pionnières et exemplaires : GPA, avec son activité de recyclage automobile à grande échelle ; Bioline Agrosciences, avec ses solutions biologiques pour l’agriculture ; le Groupe Sols et ses solutions de bétons perméables pour limiter l’artificialisation des sols, Palfinger, engagée dans une démarche de durabilité.
Des acteurs institutionnels et associatifs travaillent également à renforcer le lien social et à donner envie aux habitants de se sentir pleinement acteurs de leur territoire et de la dynamique Biovallée. Le centre social de Livron joue notamment ce rôle de trait d’union, en travaillant sur le lien social et la transition écologique.
Le bas de vallée est singulier, riche d’expériences et d’initiatives inspirantes. La confluence avec le Rhône et ses ripisylves, les vergers, les espaces agricoles et industriels sont autant de lieux où peuvent se construire de nouvelles alliances avec le vivant.
Et à l’entrée de Livron, un panneau d’entrée en agglomération nous le rappelle : la Biovallée commence ici aussi !
En bref, deux journées pour prendre le temps de mieux se connaître et de mieux comprendre les acteurs que nous accompagnons.
Et pour notre équipe, une question reste en suspens : quelle sera notre prochaine destination ?