Si aujourd’hui la loutre d’Europe est bien présente sur la Drôme et certains de ses affluents, ce n’était pas le cas il y a plusieurs décennies. Les chercheurs se sont donc penchés sur les conditions de son retour. Et comme la loutre est difficile à observer*, son étude passe souvent par celle de la rivière.
À l’association Biovallée, nous avons la mission de capitaliser et transmettre les savoirs utiles à la transition à celles et ceux qui souhaitent s’engager. Alors nous avons synthétisé et rendu accessibles les travaux scientifiques sur ce mammifère semi-aquatique dans la vallée de la Drôme, afin de nous aider toutes et tous à porter un autre regard sur notre rivière et le vivant qui l’habite.
Il est frais ton poisson ?
Dans les années 1980 et 2000, l’enjeu pour les chercheurs est surtout de voir si la vallée de la Drôme offre des conditions favorables au retour et au maintien de la loutre d’Europe. Et comme quand l’appétit va, tout va, les chercheurs ont cherché à savoir si la loutre pouvait se nourrir correctement dans la vallée de la Drôme. Résultat ? Les conditions sont positives pour favoriser la présence de la loutre sur la Drôme et le Bez :
✅le peuplement de poisson est diversifié.
✅les poissons ne sont pas contaminés aux métaux lourds (plomb, mercure).
✅la chaîne alimentaire n’est pas polluée aux polluants organiques persistants (PCBs).
Et cette eau elle est claire ?
Une nourriture de qualité pour la loutre nécessite donc en grande partie que les poissons soient eux aussi dans de bonnes conditions pour vivre. Et cela passe par le bon état des ressources en eau. Une eau apte à la vie biologique => des poissons en bonne santé => une loutre en bonne santé. Les chercheurs étudiant la loutre se sont donc aussi intéressés aux ressources en eau sur la Drôme et plusieurs de ses affluents. Là encore les résultats des années 2000 révèlent des conditions positives pour favoriser la présence de la loutre :
☑️ une eau de très bonne qualité (pH, matière en suspension, taux d’oxygène) mais l’eau se réchauffe progressivement en aval.
☑️ une eau non polluée (nitrate, sulfate) mais une attention à porter aux orthophosphates.
L’ensemble de ces conditions favorables observées dans les années 2000, ont été validé par le retour progressif en plus grand nombre des loutres d’Europe sur la Drôme et ses affluents. Les travaux de ces chercheurs illustrent également que les conditions de survie d’un animal dépendent amplement de ses ressources alimentaires et du bon état de l’écosystème dans lequel il vit. Ça ne vous rappelle pas la notion de santé commune tout ça ?
La santé commune c’est considérer que la bonne santé des individus dépend de la bonne santé des liens sociaux et de l’environnement. Un concept qui nous semble fédérateur et une considération qui influencera désormais toutes nos décisions et nos actions. Comme cette invitation à porter une attention bienveillante sur notre rivière à travers le regard de la loutre. Tant que la rivière reste accueillante et son eau de bonne qualité, la loutre aura plus de chance de rester vivre ici.
* Si vous avez envie de découvrir où vit la loutre dans la vallée de la Drôme, vous pouvez consulter une carte Auvergne Rhône-Alpes compilée par la LPO dans le cadre du plan national d’action pour la loutre porté par la SFEPM, société française pour l’étude et la protection des mammifères. Et si vous avez envie vous-même de contribuer à la récolte des indices de présence de la loutre dans la vallée de la Drôme, des groupes de prospections existent, par exemple celui du groupe loutre de la LPO.