Une équipe de chercheurs de l’université Lyon 1 s’est rapprochée de l’association Biovallée pour expérimenter différentes façons d’évaluer la « santé commune » dans la vallée de la Drôme et en faire le support d’un récit prospectif. Les travaux sont en cours.
Redéfinir les objectifs de progrès au 21e siècle
La « santé commune » concourt à redéfinir les objectifs de progrès à diverses échelles d’organisation sociale, en tenant compte des évolutions fondamentales du 21e siècle : tensions sur les ressources, réchauffement climatique, effondrement du monde vivant. Elle intègre plusieurs types de santés en insistant sur leurs interdépendances :
- la santé des individus : capacité à mener une vie conforme à ses aspirations, condition d’une émancipation souhaitée ;
- la santé sociale : capacité à vivre ensemble, impliquant certaines formes d’équité et de justice, et aussi d’efficacité dans la production et l’allocation des biens et services ;
- la santé environnementale : état des écosystèmes favorable à la vie sociale et individuelle des humains qui intègre les dimensions matérielles (services écosystémiques) et morales (respect des formes de vie autres qu’humaines, individuelles et systémiques).
Les outils de la santé commune, en cours de développement, sont des représentations de territoires, sous formes d’indicateurs, de cartes, d’études d’interdépendances… Ces représentations sont faites pour être mises au service des projets et des récits façonnés par les acteurs et actrices de terrain.
Apporter des éléments utiles au territoire pour agir
Le projet « Santé planétaire Lyon » (1) participe à la construction de ces récits, non pas en les écrivant – c’est évidemment une tâche impossible depuis l’extérieur -, mais en fournissant des éléments de connaissances spécifiques au territoire et tournées vers l’action. Ces éléments pourront être appropriés ensuite, avec toute leur latitude d’interprétation, par les acteurs locaux.
La Biovallée constitue a priori un terrain favorable pour les trois types de santé qui sont évalués :
- Santé environnementale : un territoire riche en écosystèmes, engagé dans la transition écologique.
- Santé sociale : une forte participation citoyenne et un modèle de développement basé sur l’équité et la solidarité.
- Santé humaine : des infrastructures et initiatives locales favorisant le bien-être des individus.
Notre territoire offre un cadre concret pour mesurer les interdépendances entre ces trois niveaux, tester des indicateurs, et développer des outils reproductibles pour d’autres régions. Il est devenu, avec le soutien de l’association Biovallée, un terrain d’études pour le projet « Santé planétaire Lyon ».
La méthode des chercheurs impliqués a d’abord consisté à partir des modes de vie et préoccupations d’un groupe d’acteurs du territoire désireux de participer à l’avènement d’un avenir commun sain, juste, résilient, limitant et gérant les risques pour le territoire et le monde. A cette fin, un atelier intitulé « qu’est-ce qui compte en Biovallée ? » a été organisé le 6 mai 2025 sur l’Ecosite à Eurre, comme première étape à un processus de longue haleine.
Concrètement, qu’attendre de ces travaux ?
La synthèse de ce premier atelier vient de paraitre, sous le titre : « Santés en communs, éléments pour un récit prospectif de la Biovallée ». Il contient une description des éléments qui comptent pour les participants, qu’ils soient mesurables ou non ; des indicateurs et des cartes ; des exemples d’interdépendances entre les trois santés. Ces ingrédients peuvent alimenter le fil conducteur d’un récit sur la protection du vivant et la co-habitation entre les humains et leur milieu. Des indicateurs moins propices à la cartographie sont de plus proposés, comme l’ensemble des fleurs qui témoignent de la bonne santé des sols, du vivant, et des pratiques agro-écologiques. Un livret fabriqué sur le modèle « Botascopia » est adossé au rapport.
Et ensuite ? Les participantes et participants de l’atelier ont témoigné de leur attachement aux éléments du paysage et du milieu naturel de la vallée de la Drôme. Cela pousse les chercheurs sur deux pistes : creuser l’édition de livrets de reconnaissance de plantes pour la lecture du paysage ; organiser des ateliers de « fabrique de questions simples » pour favoriser les liens bilatéraux entre science et société. Mais d’autres pistes de recherche sont aussi envisagées, autour du lien entre l’approche par la « santé commune » et les enjeux économiques et culturels.
A l’échelle du territoire, nous sentons à l’association Biovallée qu’un récit collectif sur les santés en communs pourrait mobiliser une coalition importante d’acteurs publics et privés, et soutenir, renforcer et renouveler leurs actions pour les années à venir. Nous mettrons notre énergie au profit de cette intention, dans la continuité du programme Territoire d’innovation que nous animons avec les intercommunalités depuis 2020.
(1) « Santé planétaire Lyon » est soutenu par SHAPE-Med@Lyon [Structuring one Health Approach for Personalized Medicine in Lyon], projet lauréat du Programme d’investissement d’avenir 4 « ExcellencES » de France 2030, qui finance et met en réseau des acteurs de la santé sur le site de Lyon Saint-Étienne, dans un esprit de santé commune.