A l’initiative de l’association Biovallée, Mathieu Pommarel a accueilli une quinzaine de représentants des communautés de communes du Val de Drôme, du Crestois et du Pays de Saillans, et des entreprises Elixens et Liotard, le 19 janvier dernier. Au programme : visite guidée de l’unité de méthanisation territoriale et échanges autour du projet de station bioGNV à Crest.

 

10 ans pour développer la méthanisation territoriale de Vaunaveys

La société Mourrière Méthanisation, située à Vaunaveys-La-Rochette, produit et injecte du gaz vert dans le réseau de gaz depuis mai 2021. Le fruit de la persévérance d’une famille d’agriculteurs, les Pommarel, qui ont délaissé l’élevage de porcs (“ça ne rapportait plus rien…”) pour produire de l’énergie et une matière fertilisante, le digestat.

Un investissement de 5,3 millions d’euros

Il a fallu plus de 10 ans pour développer le projet. Mathieu Pommarel, président de l’entreprise et principal artisan du projet, a essuyé les plâtres de la filière. Avec l’obligation de mener des études pour lesquelles aucune expertise française n’existait alors, l’évolution régulière des mécanismes de soutien, les tâtonnements et interprétations variables de l’administration, etc. L’avantage : Mathieu Pommarel a eu le temps de se former sur le tas, à travers d’innombrables échanges. Il partait avec le bon bagage, un BTS agro-alimentaire (bactéries, microbiologie…) et une licence en développement des entreprises.

 

Les bons ingrédients pour faire une bonne recette

La méthaniseur, c’est à la fois une grande marmite et un gros estomac. Il digère 13 000 tonnes de déchets organiques par an. Comme en cuisine, il faut associer plusieurs ingrédients mais il ne s’agit pas de mélanger n’importe quoi pour faire une bonne recette. Des biologistes veillent. L’installation est alimentée par des exploitations agricoles et une dizaine d’industries situées à proximité : fumier et lisier pour les agriculteurs, déchets de fruits et légumes pour les industriels comme Andros et Charles & Alice, etc.

Certains intrants sont rémunérateurs. C’est le cas quand l’unité de méthanisation représente un service de traitement environnemental pour les fournisseurs de matières. D’autres matières sont achetées du fait de leur potentiel méthanogène, c’est-à-dire leur forte capacité à produire du gaz par tonne ajoutée. Les prix sont contractualisés avec les principaux fournisseurs. Ils évoluent dans le temps. Sur le plan économique, les intrants sont à coût nul globalement. Pour l’instant du moins.

Avec l’essor de la méthanisation et des autres solutions de traitement des biodéchets (compostage…), la concurrence se durcit sur l’accès aux matières. Des courtiers s’approvisionnent et revendent un peu partout, parfois en dépit du bon sens écologique. C’est pourquoi l’entreprise cherche à consolider son ancrage dans l’écosystème territorial. Une unité d’hygiénisation, pas encore exploitée, a été installée par anticipation. Elle permettra d’intégrer demain des biodéchets issus du tri et de la collecte chez les ménages et les entreprises de la région. Un gisement encore largement inexploité.

 

Du gaz vert pour le réseau de Crest et Aouste-sur-Sye

La matière organique produit du gaz pendant son séjour de 35 à 40 jours dans deux grandes cuves successives. Ce gaz passe ensuite dans une unité d’épuration gérée à distance par Prodeval, fleuron du biogaz installé dans la zone de Rovaltain. Enfin, il est injecté sur le réseau de Crest et Aouste-sur-Sye, via un raccordement direct de 7 km.

Production de gaz : 100 Nm3/h ou 800 MWh/mois,

soit l’équivalent de 900 logements neufs ou de 30 bus roulant 24h/24.

Au terme du processus de méthanisation, il reste un produit humide désodorisé riche en matière organique et en minéraux dissous. Ce digestat est valorisé sur les terres d’agriculteurs partenaires dans la cadre d’un plan d’épandage sur 120 hectares, en substitution d’engrais chimiques. Avec la brusque augmentation du prix de l’azote ces derniers temps, les agriculteurs locaux viennent régulièrement frapper à la porte pour récupérer cette matière. Pour l’instant, certains intrants empêchent de franchir la marche vers la qualification pour l’agriculture biologique, mais c’est une volonté à terme.

 

Vers un nouveau débouché principal : le carburant pour véhicules

L’unité de méthanisation fonctionne de manière continue au cours de l’année. En été, elle rencontre une limite structurelle. La production dépasse la demande de gaz, quand les maisons ne sont plus chauffées. C’est pourquoi Mathieu Pommarel a imaginé un débouché complémentaire : transformer le gaz en carburant pour véhicules. Il fallait alors affronter le paradoxe de l’oeuf et de la poule. Pas de camions, bus, autocars… roulant au gaz, pas de station gaz. Et inversement.

Mourrière Méthanisation s’est associée avec le transporteur Bertolami et Prodeval. L’attelage s’est ensuite consolidé avec l’arrivée de Drôme Ardèche Distribution et du transporteur logistique Trans Natural. Chaque partenaire apporte sa pierre à l’édifice : la mutation d’une partie de sa flotte de véhicules lourds pour créer la demande, l’approvisionnement en gaz vert avec garantie d’origine, l’expertise technique dans les installations de biogaz. Ils prévoient d’investir ensemble dans une station d’avitaillement en biométhane carburant (ou “bioGNV”) ouverte au public dans la zone d’activités de Crest, à côté d’Eurial. 

 

Qui veut rouler au gaz vert et local ?

Grâce à l’engagement précoce des transporteurs, le projet est maintenant sur les rails et devrait voir le jour avant la fin de l’année 2022. La station proposera un service classique aux usagers : recharger son véhicule en quelques minutes pour un prix équivalent au gasoil. Elle pourra proposer de l’hydrogène et de l’électricité dans un second temps.

Vous envisagez de changer vos véhicules lourds pour passer au vert avec le bioGNV ? C’est le moment ! Grâce au dispositif GNVolont’air de l’Agence de la transition écologique (ADEME) et de la Région, vous pouvez bénéficier d’une subvention d’un montant de 45% du surcoût des véhicules (par rapport à un diesel, à châssis identique) si vous êtes une PME ou une ETI, et de 35% si vous êtes une collectivité ou une grande entreprise. Une enveloppe de 200 000€ est dédiée à la station de Crest. Environ la moitié est déjà mobilisée.

Premier arrivé, premier servi ! Ne tardez pas pour manifester votre intérêt. Pratiquement, vous devrez vous engager avant la mise en service de la station. Vous aurez ensuite un an pour concrétiser l’achat du véhicule. Les communautés de communes de la vallée pourraient faire partie des prochains bénéficiaires, en faisant évoluer progressivement leur flotte de camions de ramassage des ordures ménagères vers le gaz.